En apparence, tout semble figé. Les panneaux « À vendre » restent en place depuis juillet, les agences immobilières accusent une forte baisse des visites, et les notaires parlent de dossiers gelés sans préavis. À l’origine de cette paralysie ? Une découverte géologique au potentiel stratégique qui, selon l’État, « mérite une attention nationale ».
Une requalification frappante au cœur du massif vosgien
L’affaire a émergé fin juin dans les environs de Vaxoncourt, un village paisible du nord-est des Vosges. Des études commandées dans le cadre du programme IRM (Inventaire des Ressources Minérales) ont mis en évidence un banc de barytine profondément enfoui, jusqu’ici considéré sans grand intérêt. Le diagnostic a basculé lorsque des analyses complémentaires ont révélé non seulement sa rareté, mais son association possible avec des éléments jugés critiques par l’industrie technologique.
Dans une note confidentielle que j’ai pu consulter, l’État classe désormais ce sous-sol comme « zone d’intérêt minéral stratégique national » — un terme administratif introduit discrètement en fin d’année 2024 dans le Code minier révisé. Cette mention entraîne une restriction immédiate de toute transaction foncière sans autorisation préalable du ministère de la Transition écologique.
Transactions gelées, résidents désemparés
Des familles contraintes de patienter
Depuis le décret paru le 2 juillet, toutes les ventes sur les parcelles situées dans le périmètre d’étude — une bande de 12,3 km² entre Vaxoncourt, Moriville et Rambervillers — sont gelées. Aucune promesse de vente, aucun acte notarié ne peut être signé sans feu vert de l’État.
« La maison de mes parents est en vente depuis mars, on avait une offre acceptée. Elle a été suspendue à la dernière minute. On nous a dit qu’il fallait attendre que Bercy statue… Ça devient absurde. Ça fait deux mois qu’on vit dans le flou total. » — Delphine Mayer, 43 ans, habitante de Moriville
D’après les notaires de la région, plus de 90 transactions sont actuellement gelées. Certaines familles ayant déjà déménagé se retrouvent doublement impactées, continuant à payer un prêt pour un bien invendable, taxé mais momentanément inaliénable.
Des conséquences imprévues sur l’économie locale
Les professionnels du secteur signalent un effet domino particulièrement brutal :
- Refus de prêts bancaires en cascade
- Chute du volume des ventes immobilières de 37 % en juillet par rapport à 2024
- Agences contraintes de réduire leur personnel pour faire face à la baisse d’activité
À Vaxoncourt, la mairie elle-même a dû suspendre des permis de construire initialement accordés en raison de cette intervention de l’État. Le flou demeure sur la durée de cette phase de gel.
Enquête minière ou ambitions géopolitiques masquées ?
À bien y regarder, le véritable enjeu dépasse la seule barytine. Utilisée principalement dans l’industrie pétrolière et chimique, cette roche blanche est rarement exploitée à grande échelle en France. Mais selon un géologue indépendant que j’ai joint sous couvert d’anonymat, la barytine retrouvée dans les Vosges présente « une concentration inhabituelle de lanthane et de cérium, deux terres rares recherchées ».
Un rapport d’expertise de l’IFPEN (Institut français du pétrole et des énergies nouvelles), non encore publié mais dont j’ai pu consulter un extrait, mentionne une « potentialité corrélée aux éléments critiques pour la transition énergétique ».
Un calendrier de recherche encore flou
À ce jour, le BRGM prévoit de lancer des forages exploratoires d’ici à novembre. D’ici là, les acquisitions immobilières resteront suspendues dans les communes concernées. Le tableau ci-dessous synthétise les villages concernés par le gel :
Commune | Niveau de gel | Estimation du nombre de biens en attente |
---|---|---|
Vaxoncourt | Total | 28 |
Moriville | Partiel | 19 |
Rambervillers (secteur Est) | Partiel | 17 |
Une situation amenée à durer ?
Interrogé sur les délais possibles, un haut fonctionnaire du ministère de l’Économie parle de « plusieurs mois d’instruction, selon les éléments découverts en sous-sol ». En l’absence d’expropriation prévue pour l’instant, l’État n’envisage pas de mécanisme d’indemnisation des préjudices subis par les propriétaires.
« Entre les rumeurs et le silence officiel, on ne sait plus à qui se fier. On nous parle d’intérêt national, mais ici, ce sont nos vies ordinaires qui se trouvent mises en suspens. » — Delphine Mayer
Un précédent qui crée un débat
Dans la région, certains élus locaux commencent à faire entendre leur voix. Le maire de Moriville a exigé par courrier une cellule de crise préfectorale. D’autres demandent une transparence sur les analyses en cours. Un compromis est même envisagé pour permettre des ventes conditionnées, mais il n’a pas encore été validé par le ministère.
Plus largement, cette situation soulève une inquiétude nouvelle : que se passerait-il si d’autres gisements d’intérêt stratégique étaient découverts sous des zones habitées ? Une question de fond dans un contexte où la France cherche à sécuriser son approvisionnement en matières premières sans importer hors Europe.
Pour les habitants des Vosges concernés, la réponse devra attendre. Le sol sur lequel reposaient leurs projets s’est mystérieusement transformé en enjeu national — et, avec lui, toute possibilité d’avancer sereinement.