Il ne paie pas de mine, ce vallon perdu entre Cheminon et Serrières, dans le département de la Vienne. Et pourtant, sous la surface, les géologues affirment avoir localisé un gisement cuivreux exceptionnel. La surprise n’est pas tant dans la découverte géologique que dans les méthodes employées depuis plusieurs mois pour faire passer le projet de forage. Car si le terme « classe mondiale » s’invite dans les présentations des promoteurs, la transparence, elle, semble avoir pris un chemin de traverse.
Un gisement présenté comme prometteur
C’est au détour d’un rapport confidentiel que le mot s’est glissé : « gisement de classe mondiale ». L’expression n’est pas anodine dans l’industrie minière. Elle signale une richesse du sous-sol qui pourrait justifier un investissement industriel à grande échelle. Selon plusieurs documents consultés, le potentiel cuivreux de la zone dépasserait les 500 000 tonnes, un chiffre impressionnant pour une extraction à ciel ouvert.
La société Cupriva Ressources, filiale européenne d’un consortium canadien, a obtenu un droit de prospection en 2023. Depuis, des carottages ont discrètement été réalisés. Le dossier a connu une brusque accélération cet été avec une enquête publique ouverte en plein mois d’août, entre le 5 et le 20. Une période peu propice à la concertation citoyenne.

Une enquête publique express, des habitants sceptiques
L’enquête publique, théoriquement conçue pour recueillir l’avis de la population sur l’impact environnemental du projet, aurait dû durer un mois. Elle a été réduite à deux semaines. Pire : le commissaire enquêteur chargé du dossier a rendu un avis défavorable, pointant notamment l’absence de garanties sur les nappes phréatiques et la biodiversité locale. Mais cet avis, m’explique-t-on, a curieusement été ignoré dans les suites données par les services préfectoraux.
“Le commissaire était clair : il ne fallait pas engager ce projet sans études complémentaires. Mais on a l’impression que tout est déjà décidé à l’avance”, me confie Adrien Lemoine, un habitant de 43 ans, mobilisé contre le projet.
Les critiques s’accumulent également dans les réunions de quartier, devenues de plus en plus fréquentées. Des élus locaux dénoncent un passage en force. L’absence d’information préalable et le manque de concertation ont nourri la colère d’une partie des riverains, qui soupçonnent une logique de rentabilité rapide, au détriment de l’environnement local.
Des zones humides menacées
Le dossier technique de Cupriva évoque un décapage de 4 hectares sur une première phase. Dans cette zone : des haies classées, plusieurs mares à tritons et une veine de nappe phréatique peu profonde. L’avis de la DREAL, que j’ai pu consulter, souligne des « risques de pollution par drainage acide » à moyen terme.
Selon les associations locales, quatre espèces protégées pourraient voir leur habitat détruit.
- Triton crêté
- Écrevisse à pattes blanches
- Lézard des murailles
- Chauve-souris grand rhinolophe
« Tout cela pour exporter du cuivre brut par train jusqu’à Nantes, puis par cargo vers le Canada, c’est absurde », souffle un élu communautaire qui a requis l’anonymat.
Un avis défavorable écarté, la préfecture embarrassée
Le commissaire enquêteur, indépendant, a bien motivé son avis. Dans ses conclusions de 29 pages, il évoque des « incertitudes graves » sur les flux d’eau, les rejets chimiques, et demande une étude de danger complète avant validation. Pourtant, selon l’arrêté d’autorisation signé le 26 août, l’ensemble des remarques critiques a été simplement qualifié de « non bloquant ».
“Je suis revenu de congés, j’ai découvert que l’enquête était close. À peine deux semaines pour un projet de cette ampleur, c’est du jamais vu”, éclate Adrien Lemoine. “Ils ont joué sur l’été pour que ça passe inaperçu.”
Interrogée, la préfecture n’a pas souhaité commenter le contenu de l’avis défavorable, mais confirme que l’autorisation de démarrage des travaux de forage a été délivrée dès le lendemain de la fin de l’enquête publique.
Un calendrier précipité sur fond de pression économique
Que cache cette urgence ? D’après certaines sources industrielles, le calendrier s’accélèrerait en réponse aux tensions économiques sur les matières premières. Le prix du cuivre mondial, dopé par la transition énergétique, exerce une pression inattendue sur les sites européens dormants. Cupriva espère présenter des chiffres de production en 2026 pour séduire ses investisseurs torontois.
Un tableau interne, confidentiel, que j’ai pu consulter, montre l’échéance suivante :
Étape | Période prévue | Statut |
---|---|---|
Carottages complémentaires | septembre – octobre 2025 | En cours de validation |
Mise en place de la plateforme de forage | novembre 2025 | Conditionnée à l’arrêté |
Premières extractions test | décembre 2025 – janvier 2026 | Sous réserve des analyses |
Un réveil citoyen tardif mais déterminé
L’association Vienne Vivante, jusque-là peu active, a vu ses effectifs doubler en quelques semaines. Une étude contradictoire sur la pollution des sols doit être lancée en septembre avec des fonds citoyens. Les juristes volontaires cherchent à faire suspendre l’autorisation préfectorale par référé.
“On n’est pas contre le cuivre ou les mines. On est contre une manière de faire opaque, précipitée, au mépris des gens qui vivent ici”, insiste Adrien Lemoine. “Notre mobilisation ne fait que commencer.”
Face à un projet apparemment inéluctable, le débat local s’envenime. Ce qui devait être un simple acte administratif est devenu le point de cristallisation d’une méfiance croissante envers les mécanismes institutionnels. Une fracture, à Vienne, qui ne se refermera pas si facilement.