Une rumeur persistante circule dans les couloirs du bassin de l’Approuague depuis l’automne dernier : un gisement aurifère à haute teneur aurait été confirmé par des forages confidentiels menés dans la zone de « Nouvelle Espérance ». Derrière cette annonce non publique, la Compagnie Minière Espérance (CME), déjà titulaire d’une concession depuis 2011, entend faire basculer l’économie locale. Mais à quel prix ?
Une mine d’or sous haute pression
Le projet porte un nom qui évoque davantage une promesse qu’une certitude : « Nouvelle Espérance ». Pourtant, selon mes informations, les études géologiques internes avancent un potentiel compris entre 250 et 350 millions de tonnes de minerai, avec des teneurs oscillant entre 1,2 et 2 grammes d’or par tonne. L’annonce en coulisses a rapidement suscité l’intérêt des investisseurs et la méfiance des riverains.
La demande de prolongation de concession, engagée pour une durée de 25 ans, vise à pérenniser l’exploitation industrielle. Mais rien n’est acté. L’absence d’information publique a provoqué une levée de boucliers.
« Zéro concertation, zéro transparence. On apprend l’existence du projet quand tout est déjà prêt. C’est ça le dialogue avec l’État ? », proteste Régis Toko, habitant de Régina et membre du collectif « Kouman Nou Ye ? » qui regroupe une dizaine d’habitants concernés.
Mobilisations multiples et batailles juridiques
Recours à répétition
Les jurisprudences récentes témoignent d’un contentieux croissant. En janvier 2024, six associations de Guyane, appuyées par des communautés autochtones du Haut-Maroni, ont déposé un recours collectif contre l’État pour défaut de concertation et violation du droit à un environnement sain. La plainte vise notamment la reconnaissance des droits du fleuve Maroni, une initiative sans précédent en France.
D’autres cas antérieurs ont marqué le territoire :
- 2019 : Suspension d’une autorisation d’exploitation d’or alluvionnaire suite à un recours porté par Maïouri Nature Guyane.
- 2020 : Dépôt de recours juridico-administratifs par la Compagnie Montagne d’Or pour tenter d’imposer un renouvellement de concessions.
- 2021 : Nouvel avis défavorable de la Commission départementale des mines contre ces prolongations.
Ces épisodes révèlent la profondeur d’une fracture entre une gouvernance minière centralisée et une société civile de plus en plus active.
Une cascade de désaveux
Le projet « Nouvelle Espérance » ne reçoit aucun appui institutionnel localement. Le conseil régional de Guyane a voté à l’unanimité contre toute relance de l’exploitation minière dans la zone, un avis partagé par le Conseil économique, social et régional dès 2006 lors des débuts du projet Cambior, ancêtre juridique du dossier actuel.
Le comité du Parc naturel régional ainsi que le commissaire enquêteur en charge de la dernière enquête publique ont également émis des avis défavorables argumentés.
Un territoire sous tension réglementaire
Le Schéma Départemental d’Orientation Minière (SDOM) bloque toute activité sur plus de 45% du territoire guyanais, notamment dans les zones cœur du Parc Amazonien. Pourtant, voici ce que révèlent des documents obtenus auprès de plusieurs ONG locales :
Zone | Status réglementaire | Permis accordés |
---|---|---|
Sud-Maroni (proche zone cœur) | Zone interdite à l’activité minière | Recherche accordée à Rexma |
Régina (Nouvelle Espérance) | Zone autorisée à la prospection | Concession sollicitée pour 25 ans par CME |
Mont Itoupé | Zone tampon du Parc naturel | Permis refusé en 2021 |
Des dérogations sont parfois accordées malgré les protections, plongeant les acteurs locaux dans l’incompréhension.
Qui pilote ?
La multiplication des procédures et l’opacité des décisions alimentent une défiance généralisée. La société CME affiche un capital social de 153 000 euros, modeste pour un projet industriel de cette envergure. Plusieurs experts environnementaux s’interrogent sur sa capacité à gérer un projet estimé entre 100 et 200 millions d’euros en investissement initial.
D’autres redoutent que la concession soit rapidement cédée à un acteur plus grand, une fois les autorisations obtenues. En privé, les élus s’inquiètent d’un démarchage actif des entreprises canadiennes, russes ou chinoises dans la région.
« Ce qui nous est vendu comme une chance économique ressemble surtout à une bombe sociale retardée », lâche une fonctionnaire du ministère de la Cohésion des territoires, affectée à Cayenne, qui a souhaité garder l’anonymat.

Et maintenant ?
Alors que les audiences doivent avoir lieu cet automne à Cayenne, les tensions ne redescendent pas. Des collectifs envisagent déjà des actions sur site si les décisions de justice venaient à autoriser les travaux préliminaires. Sur place, la suspicion a remplacé la confiance.
Le gisement existe-t-il vraiment ? Les investisseurs y croient dur comme fer, les habitants beaucoup moins. En Guyane, l’or attire toujours — mais il divise plus encore.