Depuis quelques semaines, une annonce relayée dans plusieurs cercles de collectionneurs et forums spécialisés fait grand bruit : une vente aux enchères hors norme en 2025 rassemblerait une série de pièces rares, avec notamment une quête pour réunir 200 pièces de 2 euros soi-disant exceptionnelles, pour une valeur estimée à 190 000 euros. L’affirmation a de quoi étonner. Curieux, j’ai voulu savoir ce qu’il en était réellement.
Une quête intrigante pour des pièces très ordinaires
« Nous cherchons encore 200 pièces de 2€ pour une valeur estimée de 190 000€ », aurait déclaré un prétendu représentant d’un collectif d’enchères anonyme. Relayée sans vérification sur plusieurs chaînes et profils, la phrase a rapidement enflammé les groupes de collectionneurs en ligne. Mais face à cette information, une question s’impose : sur quoi repose réellement cette évaluation ?
Intrigué, j’ai retrouvé la trace de cette annonce initiale, apparue sur une vidéo YouTube. Le lot supposé concerné, décrit avec une mise en scène digne d’un thriller, semble en réalité bien moins exceptionnel qu’annoncé. Selon un expert que j’ai contacté, le contenu du lot se révélait être :
- 11 pièces de 2 euros (non commémoratives)
- 8 pièces de 1 euro en circulation
- 1 pièce de 2 francs de 1947 sans rareté particulière
Valeur réelle estimée : 33 euros. Une distance abyssale avec les 190 000 euros annoncés.

Le témoignage d’un commissaire-priseur désabusé
Cette annonce est une illusion totale. Nous avons été contactés pour expertiser ce lot, et franchement, sa vraie valeur ne dépasse pas celle donnée au distributeur automatique. Ces pièces n’ont rien de rare. Si des gens achètent cela à plus de 1000 euros, c’est une grave méconnaissance du marché,
— Jean-Marc Delaplace, commissaire-priseur et expert en monnaies anciennes
L’économie des enchères : entre espoir et désinformation
Ce n’est pas la première fois qu’un emballement médiatique détourne l’attention des vraies raretés numismatiques. Les plateformes en ligne sont remplies d’annonces farfelues, où une pièce de faible tirage est confondue avec une version courante. Une confusion entretenue par la méconnaissance et parfois, l’appât du gain.
Ce tableau synthétise quelques pièces recensées en 2025 et leur estimation réelle sur le marché des ventes officielles :
Pièce | Année | Origine | Estimation |
---|---|---|---|
2€ Grèce (avec « S » pour Suomi) | 2002 | Grèce / Finlande | Jusqu’à 80 000€ (2019) |
2€ Monaco – Grace Kelly | 2007 | Monaco | 1 500€ en moyenne |
Pièce Zeugitane (monnaie antique) | -260 | Carthage | 12 000 – 15 000€ |
Licinius II César | 317-324 | Empire romain | 10 000 – 15 000€ |
Une réalité bien différente pour les véritables collectionneurs
La maison de ventes De Baecque, spécialisée dans les monnaies rares, proposait en mars un catalogue composé de plus de 500 lots, avec des évaluations précises et parfois prestigieuses. Les ventes étaient basées sur des critères clairs : tirage, état, contexte historique. Aucun lot de pièces de 2 euros n’y figurait au-delà de 20€ pièce.
L’histoire entourant les fameux 200 pièces de 2€ semble donc davantage relever de la légende moderne que d’un événement numismatique crédible. Une sorte d’auto-fiction digitale, amplifiée par des algorithmes qui n’ont que faire de la précision historique ou numéraire.

Quand la rareté se fabrique
Cette situation met en lumière un phénomène croissant : la fabrication artificielle de la rareté. Certains vendeurs profitent de la confusion pour créer de fausses évaluations, parfois repris par des médias peu scrupuleux. Une bulle dont les collectionneurs trop pressés de « dénicher la bonne affaire » font les frais.
En attendant une vraie vente historique dédiée à l’euro, le marché continue d’être nourri par des monnaies antiques et des pièces authentifiées avec rigueur. La vigilance, plus que jamais, devient une monnaie en soi.