Ardèche : un gisement d’or alluvionnaire réveille la vigilance, « des moteurs au petit matin »

Paul Emond
Paul Emond
Journaliste indépendant pour coursdesmetaux.fr
Depuis quelques semaines, un hameau du sud de l’Ardèche observe des va-et-vient matinaux aux abords de la rivière. Des bruits de moteurs brisent le silence dès l’aube. En toile de fond, un mot suscite le frisson : or.

Le paysage semble inchangé, avec ses châtaigniers centenaires, ses chemins de terre et le lent débit de la rivière Chassezac. Pourtant, quelque chose a changé. « Des moteurs au petit matin », confie un habitant de Gravières, petit village de moins de 300 âmes. Depuis fin juillet, une rumeur enfle : un gisement d’or alluvionnaire aurait été découvert dans le lit secondaire d’un bras du Chassezac, incitant curieux, prospecteurs et chercheurs de fortune à s’y aventurer.

Un bruit matinal, une rumeur persistante

Dès les premiers jours d’août, plusieurs riverains alertent la mairie sur des allées et venues inhabituelles de véhicules équipés de rampes à tamis, pompes et détecteurs. Le tout à des heures où seuls les coqs sont censés faire du bruit.

« J’ai entendu le vrombissement vers 5 h un matin, et encore deux jours après. J’ai d’abord cru à un orpailleur de passage, mais ils sont trois ou quatre maintenant. Des gars bien organisés, pas là pour ramasser des paillettes souvenir », raconte Roland B., 67 ans, éleveur à la retraite.

Des indices géologiques corroborent partiellement cette effervescence. La rivière Chassezac, comme l’Eyrieux ou le Doux plus au nord, fait partie des rares cours d’eau identifiés historiquement comme aurifères en France. Mais les concentrations signalées par les cartes géologiques étaient jusque-là trop faibles pour éveiller autre chose qu’une curiosité patrimoniale.

L’or alluvionnaire, entre mythe cévenol et réalité tectonique

Le Massif central et notamment les Cévennes recèlent de nombreux filons aurifères enfouis parmi les schistes, conglomérats anciens et veines de quartz. L’or y est le plus souvent dispersé sous forme de grains fins ou de paillettes accumulées par l’érosion dans les cours d’eau.

Cours d’eau Concentration aurifère historique Type de présence
Chassezac Faible à moyenne Paillettes, sables aurifères
Eyrieux Moyenne Paillettes épaisses, galets aurifères
Doux Faible Or libre dans quartz
Ardèche Variable Dépôts alluvionnaires saisonniers

Une vigilance accrue de la préfecture

La préfecture de l’Ardèche a confirmé avoir été informée de mouvements suspects en zone naturelle. La Direction Départementale des Territoires (DDT) mène actuellement des vérifications sur les éventuelles infractions liées à l’orpaillage non déclaré. Car si l’activité est tolérée en loisir dans certains tronçons, une exploitation non autorisée – même artisanale – est formellement interdite par le code minier.

Un arrêté préfectoral de septembre 2023 interdit expressément toute extraction mécanique dans plusieurs cours d’eau sensibles, dont le Chassezac en aval de Les Vans.

Ce que dit la loi

  • Orpaillage de loisir autorisé sans moteur, avec batée et tamis uniquement
  • Interdiction totale sur les sites Natura 2000 ou en ZNIEFF (Zones naturelles d’intérêt écologique)
  • Exploitation commerciale soumise à déclaration et autorisation spéciale (permis exclusif de recherches minières)

La commune de Gravières, de son côté, reste prudente sur la véracité d’un « gisement significatif ». Mais reconnaît son impuissance : « Nous n’avons ni les moyens ni les compétences pour contrôler les abords de la rivière. L’État doit intervenir s’il y a exploitation illégale », déclare le maire Pascal Meunier, qui dit avoir contacté la gendarmerie de Joyeuse à deux reprises.

L’attrait toujours vivant de l’or

Depuis l’Antiquité, les richesses aurifères de l’Ardèche attirent les convoitises. Les Gaulois, puis les Romains, y ont exploité les veines disponibles, avant que certaines galeries ne soient noyées délibérément pour éviter les pillages. Des vestiges des anciens chantiers sont visibles dans certaines falaises du Tanargue, selon les historiens locaux.

En 2025, le cours mondial de l’or atteint 71 €/g, un record. Une paillette isolée ne vaut presque rien. Mais l’hypothèse d’un gisement contenant plusieurs dizaines de grammes par mètre cube, présentée dans une note technique datée du 5 août et circulant officieusement parmi les prospecteurs, relance toutes les spéculations.

« Si ce n’était que pour passer le temps, ils ne viendraient pas à cinq heures avec une pompe et une rampe de trois mètres », soupire Roland B., un regard vers la rivière.

Vers une ruée version 2025 ?

Aucune entreprise minière n’a officiellement demandé de permis de recherche en Ardèche selon la DRIRE d’Auvergne-Rhône-Alpes. Mais la fièvre gagne les sites spécialisés d’orpaillage, où les forums s’animent, les coordonnées GPS circulent, et les novices cherchent à « monter leur pompe ». Une ruée silencieuse : pas de lingots visibles, mais beaucoup d’espérance, et, chaque matin, le même bruit lointain… celui d’un moteur allumé trop tôt.

10 réflexions sur “Ardèche : un gisement d’or alluvionnaire réveille la vigilance, « des moteurs au petit matin »”

  1. Léonard Dupuis

    C’est fou comme l’or attire toujours autant de monde ! Mais entre la légalité et le rêve de richesse, il faut faire attention. Qui sait si ces rumeurs sont fondées ? La beauté de la rivière devrait passer avant tout. Espérons que la préfecture va surveiller cela de près.

  2. Julien Drapier

    Il est fascinant de voir comment l’attrait pour l’or continue d’attirer les gens. C’est à la fois une curiosité et un risque. J’espère que les autorités sauront gérer cette situation pour protéger notre environnement.

  3. Lysandre Verdaï

    C’est fascinant de voir l’engouement pour l’or, surtout dans des régions comme celle-ci. La priorité doit être la protection de l’environnement. Quelle est votre position sur la régulation de cette activité, surtout si l’on craint des impacts environnementaux ?

  4. Éléonore Vermeil

    Cet article met en lumière une réalité fascinante tout en préservant la richesse du patrimoine local. J’apprécie la manière dont l’auteur présente la dualité entre l’histoire et la modernité de l’orpaillage, tout en insistant sur l’importance de la vigilance environnementale. Une lecture captivante !

  5. Alaric Dufresne

    C’est fou de penser qu’il y a peut-être encore de l’or caché sous nos pieds. Mais en même temps, il faudrait faire attention à la nature et respecter les lois. Espérons que ça ne devienne pas trop chaotique comme dans les vieux films sur la ruée vers l’or.

  6. Gaston Mulot

    C’est incroyable de voir autant de gens attirés par l’or ! Même si c’est pas encore prouvé qu’il y a un gisement, les rumeurs font déjà bouger les choses. J’espère que ça reste en règle et que la nature est protégée !

  7. Thibault Farigoule

    C’est incroyable de voir l’intérêt pour l’or dans notre région. Mais j’espère que cela ne va pas causer de problèmes environnementaux. On doit protéger nos rivières et nos paysages. Une belle aventure pour certains, mais la nature ne doit pas en souffrir.

  8. Julien C. d'Amandouze

    C’est fou comme l’or continue d’attirer les gens, même aujourd’hui ! Les bruits de moteurs avant l’aube, c’est vraiment le signe d’une ruée inattendue. J’espère que les terres ne seront pas saccagées pour quelques paillettes, mais l’espoir fait vivre, comme on dit !

  9. Léandre Charbonneau

    La découverte d’or dans le Chassezac pourrait revigorer l’économie locale, mais attention aux dérives ! Il est crucial que les autorités protègent notre environnement tout en permettant une exploitation responsable. Ne laissons pas la cupidité l’emporter sur la beauté de nos paysages cévenols.

  10. Célestin Marbot

    C’est incroyable de voir un tel engouement pour l’or dans notre belle vallée. Les histoires d’orpaillage d’antan refont surface, mais j’espère que tout cela se fait dans le respect de la nature. La préfecture doit bien surveiller la situation !

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