Le panneau “Espace naturel protégé” tremble sous les rumeurs. Là, sous cette prairie classée d’apparence anodine aux abords de Saint-Savin, dans l’Allier, un gisement de lithium vient d’être cartographié. Un simple « forage d’étude », selon les services de l’État. Mais sur le terrain, l’annonce fait déjà grimper les estimations de certains biens immobiliers… et déclencher la panique chez d’autres.
Un sous-sol stratégique sous un paysage pastoral
Mi-août, des géologues mandatés par la société HexaLith ont terminé une campagne de mesures magnétiques et gravimétriques discrètes. Résultat : une poche de lithium contenue dans le granite, enfouie sous 280 à 350 mètres de profondeur, potentiellement exploitable pour la transition énergétique. Le site est situé en plein cœur d’une prairie classée ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique), sur des terres agricoles encore actives. Particularité : le code de l’environnement interdit toute activité industrielle sur ces zones, sauf dérogation préfectorale exceptionnelle.
Le préfet a pourtant validé, sans tambour ni trompette, un premier forage d’étude, prévu pour début 2026. Objectif affiché : relever la teneur du minerai et évaluer la faisabilité économique.

Entre transition verte et tensions locales
Le lithium, métal clé pour les batteries, attise bien des convoitises. La France, qui importe actuellement 100 % de ses besoins, cherche désespérément à sécuriser son approvisionnement. Selon les projections européennes, la demande sera multipliée par 18 d’ici 2030, et par 60 d’ici 2050.
Le projet d’HexaLith, bien que balbutiant, n’est pas isolé. Il s’inscrit dans la stratégie nationale de souveraineté énergétique. À l’instar de la mine géante d’Imerys à Échassières, à une trentaine de kilomètres de là, annoncée comme capable de produire 34 000 tonnes de lithium par an, le site de Saint-Savin pourrait devenir un pôle secondaire crucial selon un rapport confidentiel consulté.
Prix de l’immobilier : ascenseur émotionnel
Dès septembre, plusieurs agences immobilières locales ont enregistré une hausse atypique des demandes de renseignement sur les maisons et terrains autour du périmètre concerné. Une spéculation encore discrète mais bien réelle, selon un agent m’a confié sous anonymat.
« Les gens veulent acheter avant que les prix n’explosent. Pour d’autres, c’est la panique, ils cherchent à vendre vite, de peur que ça devienne invendable », témoigne Claire R., notaire à Saint-Savin depuis quinze ans. « On a vu le même phénomène à Échassières, mais ici c’est plus confus car rien n’est acté officiellement. »
Un recensement rapide des prix observés ces trois derniers mois illustre cette nervosité :
Type de bien | Prix (mai 2025) | Prix (août 2025) | Variation |
---|---|---|---|
Maison ancienne (100 m², terrain 1 000 m²) | 125 000 € | 139 000 € | +11,2 % |
Terrain constructible (parcelle 800 m²) | 33 €/m² | 40 €/m² | +21,2 % |
Appartement T3 dans bourg voisin | 89 000 € | 86 000 € | -3,4 % |
Cette hausse quai-localisée contraste avec un marché immobilier rural en légère baisse dans l’ensemble du département. Elle s’explique, selon des experts, par un arbitrage spéculatif très ciblé sur des secteurs considérés « stratégiques ou anticipant un basculement ». Cela crée aussi « des fractures inédites » entre les néo-arrivants spéculateurs et les résidents historiques, attachés au paysage pastoral.
Un forage pilote sous surveillance publique
La Direction régionale de l’environnement (DREAL) assure que seul un forage d’étude est autorisé pour l’instant. Ce dernier, prévu à proximité immédiate de la mythique butte des Lieurs, provoque l’inquiétude des habitants de Valcroc.
« On nous parle d’un simple trou dans la terre, mais derrière, tout peut basculer. Les routes, la nappe phréatique, nos élevages même », s’indigne Benoît T., éleveur de brebis. « Le préfet dit que c’est pour voir, rien n’est fait. Sauf que nous, on voit déjà les prix partir dans tous les sens. »
Ces inquiétudes ne sont pas sans fondements. Des documents internes de la préfecture mentionnent en effet « un potentiel de développement minier secondaire à évaluer ultérieurement », en fonction des résultats du forage. Si la concentration dépasse les 0,75 % de lithium dans le granite, HexaLith pourrait engager une demande de PER (permis exclusif de recherche), la première étape vers une exploitation longue.
Risques perçus par les riverains
Au-delà du bruit, de la pollution visuelle ou de la circulation accrue, plusieurs préoccupations majeures reviennent :
- Impact sur la qualité des nappes phréatiques
- Effets sur la biodiversité dans une zone pourtant protégée
- Risques de vibrations sismiques induits par forage profond
- Circulation de matériels sur des axes secondaires
Ces inquiétudes ont été portées à la Commission nationale du débat public, déjà saisie pour la mine d’Imerys. Mais aucune procédure de débat n’est pour l’instant annoncée à Saint-Savin.
Un test grandeur nature pour la cohérence écologique
Si exploitation il y a un jour, le cas de cette prairie classée posera un redoutable dilemme. Peut-on légalement et moralement forer dans une zone protégée au nom de la transition verte ? Peut-on suspendre les servitudes environnementales face à l’urgence industrielle ? En 2024, la loi sur les ressources stratégiques a partiellement ouvert cette brèche. Elle permet des dérogations locales, validées par les préfets, pour des projets classés essentiels à la souveraineté énergétique nationale. Le projet HexaLith pourrait en bénéficier, si le gisement est jugé prometteur.
À Saint-Savin, les habitants, eux, continuent d’observer cette prairie avec un mélange étrange d’anxiété et de calculs. Là où le silence règne encore, la promesse du lithium ébranle déjà les fondations.
C’est un vrai dilemme. D’un côté, on a besoin de lithium pour aller vers une transition énergétique, mais de l’autre, on ne peut pas négliger la protection de notre environnement. Forer dans une zone protégée, c’est risqué pour tout le monde, surtout pour les agriculteurs locaux.
C’est inquiétant de voir comment la recherche de lithium peut bouleverser la vie des habitants. La protection de l’environnement devrait primer sur les promesses de profits, surtout dans une zone sensible. Les décisions hâtives peuvent avoir des conséquences graves pour notre patrimoine naturel et collectif.
C’est inquietant de voir un projet comme celui-là se développer dans une région protégée. La recherche de lithium est cruciale, mais jusqu’où doit-on aller pour satisfaire nos besoins énergétiques ? Je me demande si des véritables études d’impact environnemental seront menées.
Cet article met en lumière des enjeux cruciaux autour de l’exploitation du lithium. L’auteur fait un excellent travail en décrivant la tension entre développement économique et protection de l’environnement. J’apprécie la manière dont l’impact sur la communauté locale est également pris en compte.